Voici le point de départ de mon prochain voyage en Himalaya, au printemps 2010...
la newsletter de ce début janvier de Tirawa, avec en intro un texte qui présente ce nouveau volet de l'exploration du Mustang, une visite au Nord-Est du royaume, plus loin que le Gaugiri... et encore plus inconnu que Mustang Phu.
Le sommet du Lagula, entre Tibet et Népal, depuis le camps "près des lacs".
Notre petit Bhrikuti, timide se cache encore dans les nuages.
Début octobre 2009, entre Dolpo et Mustang, la tempête nous accueille au sommet du dernier col. La neige blanchit déjà le sol et, sous les rafales furieuses, toute l'équipe presse le pas pour se réfugier dans la descente. Il faut avancer. Mais la colère des dieux est aujourd'hui de courte durée. Timidement, le soleil écarte les nuées comme le rideau d'une scène quand le spectacle commence.
Je me souviendrai longtemps de notre descente
sur Lo Manthang.
Les nuages de mauvais temps à l'horizon comme en pays de
Mordor, les éclairages flamboyants d'un temps après l'orage, la plaine infinie
et plate qui vient doucement à notre rencontre, et Lo, encore très loin,
minuscule oasis de vert, de blanc et de rouge. Une autre trinité pour nous
rappeler que nous sommes les bienvenus au pays de Rigsum Gönpo.
Les émotions
de ce jour me transportent quelques années auparavant, alors que depuis le
dernier chorten de Nagoru, très haut, nous avons aperçu Phu et les champs d'Ubi
et de Gomren pour la première fois. Nous étions infiniment heureux, comblés.
Nous avions réussi la première traversée Mustang Phu.
Venir d'en haut,
par une autre porte en un lieu qui semble au bout du monde, est un luxe
inespéré de ces itinérances himalayennes !
Aujourd'hui, entre Dolpo et Mustang,
nous avons réussi notre traversée ; la suite du voyage ne sera que
bonheur. Bonheur d'être ensemble, bonheur de déambuler sans contrainte au
milieu d'un paysage grandiose. La neige sur les sommets, d'une touche
étincelante, souligne encore l'exubérance des formes et des couleurs. Depuis Lo
Manthang, une trop courte journée nous entraîne vers le nord, vers les
complexes troglodytes d'un autre âge. Impossible d'aller plus loin, les
touristes n'ont pas droit de séjour au nord de la capitale. Nous ne sommes que
de passage dans ce royaume encore interdit. Mais, je sais que ce n'est que
partie remise car je reviendrai !
J'en profite pour poser mille questions
sur les chemins qui vont au Tibet, sur les habitudes des bergers et de leurs
troupeaux de yacks qui s'installent tout l'été dans ces espaces immenses entre
ciel et terre. Y a-t-il encore des gens à Samdzong, le dernier village ?
Et surtout, je veux savoir où se trouve Chhujung Gompa. Ce lieu mystérieux
perdu au milieu de nulle part, subtilement décrit par Mathiessen dans son premier
livre sur le Mustang. Un lieu dont il ne révélera pas l'emplacement pour ne pas
attiser la convoitise des pilleurs de temples. Mais pour nous, simples
randonneurs, partir à la recherche d'un lieu secret pour y découvrir un trésor
caché est une invitation au voyage, à l'enfance retrouvée. Nous voici
transportés au cœur de l'histoire du bouddhisme, à la recherche de terma, ces
enseignements sacrés dissimulés par Padmasambhava, il y a de nombreux siècles,
et qui seront retrouvés le moment venu.
Au cours de ce dernier séjour au Mustang, je me plonge
dans la préparation minutieuse de mon prochain voyage. Ce sera pour ce
printemps. Du 3 avril au 2 mai 2010, nous resterons avec Tirawa plus de trois
semaines en ces lieux ; déjà, cette durée est un cadeau personnel de la
belle Bhrikuti , à la fois déesse et princesse népalaise. Au fil des jours, se
déroule délicatement l'itinéraire prévu. Il nous faut tout d'abord prendre un
peu de temps à Kagbeni, ou plutôt à Kag et à Beni, pour une initiation en
douceur à la symbolique de ces paysages sacrés. Car le Mustang est une
véritable cathédrale à ciel ouvert et il serait dommage de n'en voir qu'un
tableau merveilleux. Derrière ses vitraux flamboyants, se cache toute une
signification religieuse et ésotérique d'une incroyable richesse. Il suffit
d'en ouvrir la porte pour qu'un autre voyage commence. De Tethang à Tanggyé, à
Lori gompa, en traversant plusieurs fois la Kali Gandaki , par mille et un
détours, j'aimerais que tout se mélange, s'entremêle et s'harmonise. Le plaisir
« d'être » et de se déplacer à pied, les émotions esthétiques, les
rencontres d'un instant, le choc des changements en cours, la construction
d'une connaissance simple et profonde, l'expérience de se perdre aussi… Car ce
prochain circuit d'avril est un voyage exploratoire à ne pas mettre entre
toutes les mains ! Tout au nord du Mustang, nous allons vers l'inconnu.
Vers des lieux simplement entrevus, imaginés lors de mon dernier passage en
route vers Phu. Et la clef de ce passage sera de nouveau la déesse Bhrikuti ,
réincarnée sous la forme d'une belle montagne. Elle a mis sa plus belle parure,
une altitude mythique, 6000 m , qui ne sont que des chiffres illusoires mais
qui, pour nous, ont une signification importante. C'est la première porte vers
le monde de l'altitude. Bhrikuti nous y accueillera sous sa forme la plus
rassurante, toute de rondeur marmoréenne. Si haut, au milieu des montagnes,
nous deviendrons simplement alpinistes, mais sans exploit, ni bataille ou conquête.
Nous marcherons pour le plaisir d'être là, tout en haut, et pour voir, au loin,
le chemin qu'il nous reste à parcourir…
Paulo, décembre 2009
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Posted by: online jobs | 12/02/2011 at 05:09 PM