François, au Manaslu, ce printemps 2009.
« Le corps humain
est un royaume où chaque organe veut être le Roi.
Il y a chez l’homme
trois leaders qui essayent d’imposer leur loi.
Cette lutte interne
permanente est la plus grosse source d’embrouille.
Elle oppose toujours,
la… »
Mais chez l’alpinisme, lequel des trois est le plus
forts ?
Damned, je me suis trompé d’intro… ça c’est le début d’un
slam de Grand Corp Malade. Rien à voir avec le sujet du post.
Je viens juste de
regarder le dernier film de François Damilano tourné au Manaslu.
« Bel réalisation François ! Ça décoiffe, mais pas
dans le même sens que d’habitude. Et beau travail de montage pour une première,
d’autres images étaient plus rudes, d’autres propos plus décapants ou insipides.
Car comment montrer de manière compréhensible et sensible, respectueux, drôle
ou simplement juste, les multiples facettes de notre vie là-haut ?"
Comment ? Vous n’avez pas vu le film aux dernières
rencontres du cinéma de montagne de Grenoble ? Vous n’étiez pas l’un des
3000 spectateurs du Summum ?
Alors rendez-vous à La Grave pour les Rencontres Expés du
14 au 17 janvier 2010.
Si vous habitez la Normandie ou une région lointaine pas de
souci, le film est aussi encarté dans le dernier n° de Montagne Magazine !
Et François fait toute une série de conférences sur le sujet, dans le cadre des
soirées Montagne de Terdav. Toutes les dates sont sur le site…
Mais essayer quand même de venir à La Grave. le samedi 16 janvier de 17 à 19 h, le film "Parenthèse à 8000" sera présenté en intro du débat "Etre guide à 8000", il y aura François et beaucoup de participants du Manaslu. En plus, ce sera l’occasion de réfléchir un peu à notre pratique himalayenne en bonne compagnie
(Simone Moro et toutes ces dames à 8000) mais aussi lors du colloque sur
« l’itinérance des profondeurs ».
Voici la présentation de ma contribution, justement sur le
Manaslu.
« Dix-huit jours
au-dessus du camp de base… ! Mais ils sont complètement
barjots ! »
Tel fut le commentaire qui nous a accueilli à notre retour
du Manaslu au printemps 2009.
Surprise, incompréhension, désapprobation, intérêt ?
Quel était le sens de ce commentaire pour le moins
abrupt ?
La progression continue et plus encore « la progression
douce » bouscule les habitudes, questionne ou dérange la grande majorité des acteurs de
l’alpinisme en Himalaya. Cette manière de faire transgresse et remet en
question un dogme qui construit la pratique majoritaire des ascensions en
Himalaya. Un dogme qui affirme qu’il n’est pas possible de vivre en haute
altitude. Tous les déplacements se font donc sur le mode de l’incursion, de
l’intrusion… Surtout, ne pas rester en haut.
Pourtant, au Manaslu, c’est un véritable voyage que nous
avons vécu, un long voyage. Une immersion en haute montagne que nous avions
voulue et construite.
Un tel voyage ne s’improvise pas.
Les savoirs faire, mais plus encore « les savoirs
être » sont à l’opposé de toutes nos pratiques habituelles. Des expérimentations,
des apprentissages sont nécessaires pour mener à bien cette itinérance au pays
de l’oxygène rare. Et c’est justement cette composante hypoxique qui est
déterminante car elle complexifie merveilleusement le jeu de l’alpinisme et lui
donne encore plus de reliefs, de profondeurs.
En complément du documentaire de François Damilano, «la
stratégie de l’escargot», qui explique les fondements et met en image une
ascension en « progression douce », je souhaite éclairer
quelques aspects pratiques d’une itinérance himalayenne.
Ces clefs illustre une rupture. Une rupture qui est à la
fois, choix politique et recherche d’intériorité.
Je vous invite dans le monde intimiste d’un voyage en
altitude. Au programme ?
Explorer tout ce qui est différent d’une expé en «dent de
scie» classique !
Ø
Un camp de base, qui n’est qu’un simple lieu de
passage, sans confort superflu. Qu’il nous faudra quitter définitivement un
jour, pour larguer les amares et partir vers le sommet.
Ø
Notre maison sur le dos. Mais laquelle ?
Une toute petite ou au contraire une grande que l’on divise pour mieux la
porter ?
Ø
Des « tentes à vivre », et non pas
pour survivre, et qui résiste à tout.
Des questions aussi…
Ø
Comment choisir la nourriture appropriée pour
plus de 15 jours d’autonomie ?
Ø
Comment arriver à « se dépouiller du
superflu » pour limiter le poids transporté ?
Ø
Comment apprendre à vivre en altitude, avec le
plus de plaisir possible ?
Ø
Comment s’organiser avec les gens qui parfois
nous accompagne ?
Autant de connaissance en devenir qui indique que nous
sommes encore au début de la marche d’approche.
Et pour ne pas se tromper de débat, cette réflexion tente de sortir du
champ de la performance seule dans lequel le discours himalayen est enfermé.
L'expérimentation de la "progression douce" est
essentiellement expérimentée dans une réflexion sur l'accompagnement
d'alpinistes et d'himalayistes amateurs, au sens noble du terme en
différentiation des alpinistes professionnels (guides, performers).
Paulo, sur les bords de Seine… et sous la neige !